CHRONOLOGIE

Salvador Dalí, Gala et Horst P. Horst ont entretenu une relation personnelle et professionnelle pendant plusieurs décennies. Cette chronologie recense les collaborations, les rencontres et les documents les plus significatifs connus à ce jour.

1939

En avril a lieu la première collaboration documentée entre le photographe Horst P. Horst et Salvador Dalí. L’artiste travaille alors au pavillon surréaliste Rêve de Vénus pour l’Exposition universelle de New York. Horst fait partie du groupe de photographes chargés de photographier des modèles nus. L’artiste, qui participe à ces séances accompagné de Gala, réalise des interventions picturales sur deux tirages photographiques de Horst issus de ces prises de vue et conçoit les costumes des sirènes destinés à l’installation. Dans une phase initiale du projet, ces deux images, tirées en grand format, étaient intégrées à la façade du pavillon.

En septembre, l’article « Paris Openings. Variety Show » paraît dans Vogue, accompagné d’une photographie de Horst : un mannequin y porte une robe noire de Schiaparelli, et un grand dessin de Salvador Dalí, Horse and Rider (1935), figure dans le décor.

En octobre, lors de la présentation du ballet Bacchanale à New York, l’édition new-yorkaise de Vogue publie un article intitulé « Dali’s “Venusberg” ballet ». Il est illustré par un dessin de Dalí et une photographie de Horst montrant les costumes conçus par Salvador Dalí et réalisés par Coco Chanel.

1942

Au début de l’été 1942, Horst, qui a demandé la citoyenneté américaine deux ans auparavant, doit passer un examen médical. Quelque temps plus tôt, lors d’une soirée à New York avec les Dalí, tandis que Salvador Dalí dessine son portrait, Gala lui tire les cartes. La prédiction est très claire : il sera bientôt appelé sous les drapeaux dans l’armée américaine. Horst, alors âgé de trente-six ans, aura bientôt dépassé l’âge limite de recrutement et se montre incrédule. L’annonce de Gala se révèlera pourtant exacte.

1943

Une photographie de Horst publiée dans Vogue au mois de mars et accompagnée d’un court texte intitulé « In the Dali Room », prend pour décor l’une des trois peintures murales exécutées par Salvador Dalí dans l’appartement d’Helena Rubinstein à Manhattan (n° cat. P 546). Les créations d’Adele Simpson y dialoguent avec les symboles récurrents de l’iconographie dalinienne.

En juin, Vogue consacre presque une double page à « Madame Salvador Dalí ». Pour l’occasion, Dalí réalise un collage : il insère deux photos de Gala signées Horst dans le tableau intitulé Le Triomphe de Tourbillon (n° cat. 572).

Cette même année, Horst réalise le célèbre portrait de Salvador Dalí les yeux fermés. Avec ce regard tourné vers l’intérieur, l’artiste et le photographe évoquent le monde des rêves et de l’inconscient, axe central de la pensée surréaliste.

1945

En février paraît chez Georges Davis l’ouvrage intitulé Horst : Photographs of a Decade. Dans le chapitre consacré à Paris figurent les dessins des décors et des costumes pour Bacchanale (1939), ainsi que le portrait de Salvador Dalí les yeux fermés (1943).

1947

Horst s’installe dans sa maison d’Oyster Bay (Long Island, New York). Le couturier Christian Dior, le baron « Niki » de Gunzburg et Salvador Dalí comptent parmi ses premiers invités.

1948

En mai, une image conçue par Salvador Dalí et réalisée par Horst, accompagnée d’un texte court intitulé « Dali Composes a Photograph », illustre la rubrique « Points… » dans Vogue. L’artiste y fait référence aux œuvres récentes qu’il vient de présenter à la Bignou Gallery de New York. S’inspirant de la théorie moderne de la physique quantique selon laquelle rien ne se touche — principe qui se manifeste notamment dans des tableaux comme Dématérialisation près du nez de Néron (n° cat. 626), visible sur l’image —, Dalí et Horst y montrent deux mannequins en apesanteur vêtus de modèles estivaux créés pour l’occasion par Hattie Carnegie.

1950

Horst photographie Gala et Salvador Dalí au bord de la mer, dans un paysage rocheux, probablement sur la côte est des États-Unis. Ce reportage est inhabituel dans l’œuvre du photographe, qui privilégie généralement les prises de vue en intérieur.

1953

En mai, Vogue publie un reportage de mode signé Horst, avec des décors de Marcel Vertès. L’une de ces images est un clin d’œil aux costumes conçus des années auparavant par Salvador Dalí et Coco Chanel pour le ballet Bacchanale. Le mannequin Kathy Dennis porte une robe de la créatrice Mollie Parnis, par ailleurs propriétaire, depuis 1951, du tableau Horse and Rider (1935) de Salvador Dalí.

1957

Vers 1957, Horst photographie Gala et Salvador Dalí dans son studio. Le portrait de l’artiste qui figure sur la jaquette de Dalí on Modern Art — The Cuckolds of Antiquated Modern Art, ouvrage de Dalí publié chez Dial Press, est issu de cette séance.

1960

Vers 1960, Horst photographie Dalí dans son studio. L’artiste pose assis devant un projecteur. Il est élégamment vêtu et tient une canne, d’un air altier. Il s’agit, à notre connaissance, du dernier portrait de Salvador Dalí réalisé par Horst.

1964

Horst photographie le mannequin William Rothlein, alors au début de sa carrière d’acteur et pressenti pour incarner Salvador Dalí dans un biopic réalisé par Federico Fellini. Le projet ne verra jamais le jour, mais il est vraisemblablement à l’origine de cette commande. Les planches-contacts conservées présentent des portraits et des photographies du modèle nu, clairement inspirées par l’idéal de beauté classique.

1966

En juin, Vogue publie « The House that Horst Grew », un reportage abondamment illustré rédigé par Valentine Lawford, diplomate britannique et compagnon de Horst à cette époque. Dans la chambre, sur le mur à côté du lit, on distingue une aquarelle de Salvador Dalí, partiellement visible.

1971

Dans l’introduction de son livre Horst : Salute to the Thirties, paru à New York chez The Viking Press, Horst rapporte une anecdote amusante à propos de Coco Chanel et de Salvador Dalí :

« Il ne fait aucun doute que le centre du cercle, la vedette du cirque, c’était Chanel. Elle était omniprésente et omnipotente. Elle tenait tête et pontifiait ; lorsque Dalí était présent, elle posait un réveil sur la table et insistait pour qu’après qu’il eut parlé dix minutes sans interruption, il lui soit permis d’en faire autant. »

1981

Dans un entretien télévisé diffusé dans l’émission Visions and Images : American Photographers on Photography, présentée par Barbarelee Diamonstein, Horst P. Horst évoque le Paris des avant-gardes et l’influence qu’il a eue sur son travail. Il explique que, dans les années 1930, les frontières étaient beaucoup plus poreuses entre créateurs de mode, artistes, intellectuels et éditeurs de mode. Il cite en exemple le cas de Salvador Dalí qui, à cette époque, avait conçu plusieurs modèles haute couture avec Elsa Schiaparelli.